
Ce qu’il faut retenir de l’économie circulaire en Centre-Val de Loire
Sous un beau soleil de mai, 79 personnes se sont réunies le 27 mai dernier dans l’Indre, sur le site de Roger Pradier à Saint-Maur. Une matinée de travail organisée par DEV’UP Centre-Val de Loire, BPI France, l’ADEME et la Région Centre-Val de Loire, autour d’un constat partagé dès les premières prises de parole : L’économie circulaire nous rend plus robuste.
Réduire, réemployer, recycler : des bénéfices concrets
Les enjeux à adresser : stratégique, écologique, humain
La première table ronde a posé le décor sans détour. Les entreprises présentes : Apte, E-nergie, Maison René, Printerre et Catoire SEMI, ont rappelé que les enjeux de la circularité dépassent largement la seule dimension environnementale. Ils sont stratégiques (s’adapter aux marchés, renforcer la souveraineté industrielle), écologiques (réduire les impacts, éviter le gaspillage) et humains (créer du sens pour les équipes, structurer des filières locales).

Trois notions ont été clarifiées et illustrées par des exemples concrets :
- le réemploi, qui consiste à récupérer des produits ou composants avant qu’ils deviennent des déchets pour un usage identique
- le recyclage, qui valorise des déchets en leur redonnant une fonction
- et l’upcycling, qui transforme des objets usagés en produits de valeur supérieure.
Une voie qui demande du temps et de la conviction
Les intervenants ont tenu à partager les obstacles rencontrés, sans les minimiser. Filières fragiles, difficultés à trouver des apporteurs de solutions en France, concurrence globale où l’éthique n’est pas toujours prioritaire, législation parfois contraignante, labels qui brouillent la communication, risque de greenwashing : la transition circulaire n’est pas un long fleuve tranquille.
Les bénéfices à moyen et long terme : compétitivité, nouveaux marchés, sens
Le modèle de la boucle fermée (collecte, tri, reconditionnement, valorisation) a été présenté comme une réponse concrète aux fluctuations des marchés. Réduction des coûts, accès à de nouveaux clients, émergence de nouveaux business models, exemplarité sur le territoire, souveraineté industrielle renforcée : les bénéfices sont multiples et mesurables. Les conseils des intervenants pour se lancer ? Commencer petit, sensibiliser ses équipes, se faire accompagner, prendre le temps, et surtout oser.
Achats responsables et approvisionnements locaux : répondre aux contraintes ET affirmer des convictions
Des constats déclencheurs communs
La deuxième table ronde avec Habiter Surcyclé, IFB Refractories, LSDH et Roger Pradier, a mis en lumière les facteurs qui ont poussé ces entreprises à repenser leurs achats. Tensions sociales et géopolitiques, urgence climatique, dépendance aux matières premières, volatilité des coûts, filières fragilisées par le Covid : autant de signaux d’alarme qui ont conduit à un constat partagé. La nécessité de répondre aux contraintes, mais aussi d’affirmer des convictions.
Car au-delà de l’image, relocaliser ses achats et travailler avec des fournisseurs locaux, c’est « reprendre la main » face aux fluctuations. C’est aussi une question de sobriété, de résilience, de sens et d’ancrage territorial.

Ce que ça change concrètement
Sur le plan opérationnel, les changements sont profonds. Contractualisation sur le long terme, démarche tripartite, cahier des charges intégrant qualité, équité et proximité, éco-conception intégrée dans les relations clients, chartes de transparence : les pratiques d’achats se transforment en profondeur. La formule la plus marquante de la table ronde ? « Tout devient ressource. »
Les apprentissages que cela apporte
Les intervenants ont tenu à nuancer. Les démarches prennent du temps, nécessitent un pilotage rigoureux et imposent des arbitrages constants entre robustesse, rentabilité et compétitivité. Être accompagné, partager et sensibiliser en interne, construire un écosystème de partenaires solides : trois conditions indispensables pour réussir.

Éco-conception : agir sur l’impact dès l’idée
Le défi climatique comme point de départ
Bastien Spinella, Responsable « Design for Tomorrow » chez Altyor, a ouvert son atelier par le contexte du défi climatique. Le réchauffement climatique vit une rupture. Tandis que le taux de circularité mondial n’est aujourd’hui que de 6,9 %. Le lien direct entre CO₂ et température, l’amplification de l’effet de serre, la surconsommation. Ces dérèglements qui font que l’éco-conception n’est plus une option, mais une nécessité.

L’analyse du Cycle de Vie : identifier, évaluer, documenter
L’atelier a introduit la méthode de l‘Analyse du Cycle de Vie (ACV), définie par l’ADEME comme « une démarche multicritère qui permet de réduire les impacts négatifs sur l’environnement des produits, procédés ou services sur l’ensemble de leur cycle de vie, tout en conservant leurs qualités d’usage. »
Concrètement, il s’agit : d’identifier toutes les étapes du cycle de vie (fabrication des matières premières, production, logistique, distribution, installation, utilisation, fin de vie), évaluer les dommages écologiques via 16 indicateurs standardisés (méthode PEF EU), et documenter selon une méthodologie normée, rigoureuse et communicable. Car toutes les étapes ont un impact y compris celles que l’on oublie habituellement.
Trois questions pour passer à l’action
À travers l’exemple concret de produits, les participants ont exploré trois niveaux de réflexion :
- les pistes d’amélioration (packaging, transport, 2ème vie, emballage),
- l’évaluation de l’impact (le produit est-il éco-conçu ? est-il réparable ? le client est-il prêt à payer plus cher ?),
- et les décisions à prendre (la 2e vie comme ultime levier de circularité). Sobriété, démontabilité, réparabilité : les nouveaux critères d’une conception responsable.
Grand dialogue : l’économie circulaire, une cause nationale et un axe stratégique pour la région
Prendre de la hauteur : bon sens économique ET enjeu écologique
François Bonneau, Sylvain Waserman et Tristan De Witte ont apporté une vision plus large et plus ambitieuse. L’économie circulaire y est apparue comme bien plus qu’une tendance : une cause nationale, un axe stratégique pour la souveraineté internationale et un levier de leadership compétitif pour les territoires. Selon les trois intervenants, il faut maintenant penser « usage, boucles, long terme et coopération ».

Le rôle des institutions : soutenir, structurer, faciliter
Les dispositifs d’accompagnement disponibles en région ont été présentés : CAP Transition Écologique, l’AMI Économie Circulaire, et le concept d’Économie Industrielle Territoriale (un modèle visant à optimiser les ressources, favoriser la coopération, partager les flux, créer des boucles locales et promouvoir le modèle circulaire à l’échelle du territoire).
La clé de la réussite : agir localement
Le message le plus fort de ce grand dialogue ? Le collectif est une force. Créativité, solidarité, innovation, solutions : les changements opérationnels se font à l’échelle locale, et la région Centre-Val de Loire est particulièrement bien positionnée pour faire de la circularité un avantage compétitif durable.
Dans les coulisses de Roger Pradier : quand le savoir-faire industriel rencontre l’économie circulaire
Pour clôturer la journée, Roger Pradier a ouvert les portes de son usine à Saint-Maur et offert aux participants une immersion dans plus d’un siècle de savoir-faire industriel français.
Derrière la marque, c’est toute une chaîne de fabrication maîtrisée de bout en bout qui se dévoile : la découpe et le formage des métaux, la galvanisation, la peinture en cabine, l’assemblage des luminaires, jusqu’au contrôle qualité final. Vingt-cinq coloris, cinq matériaux, des collections qui allient esthétique et robustesse le tout fabriqué à 100 % en France, dans l’Indre.


La visite a aussi mis en lumière les engagements concrets de l’entreprise en matière d’économie circulaire : démarche de progrès continu sur l’aluminium recyclé, réduction des déchets de production et des emballages, éco-conception intégrée au processus de développement produit, certification PEP ecopassport® sur la gamme Brick². Des pratiques qui ne sont pas décoratives, elles sont inscrites dans les statuts du Groupe Rivalen, société à mission dont Roger Pradier fait partie.
Pour beaucoup de participants, cette visite a été le temps fort de la journée : voir, toucher, questionner et repartir avec la certitude que l’industrie française est à la fois belle, performante et responsable.
Revivez la journée !
Le + de la journée ?
La société Explore IEM a proposé des planches de facilitation graphique sur chaque temps fort.
Le but ?
Proposer une valeur ajoutée à l’événement. De plus, cela permet de se replonger (agréablement) dans les temps d’échanges.

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