
Nekoé : quand l’économie se réinvente par les usages
À Orléans, une association discrète mais décisive œuvre depuis 2009 à transformer les entreprises du Centre-Val de Loire. Pas par la technologie, pas par les grands discours mais par les usages. Portrait de deux femmes passionnées qui ont fait de cette conviction leur boussole.
Il y a des structures qu’on ne comprend pas tout de suite. Nekoé en est une. Céline Calmet et Isabelle Jeanneau, ses deux co-dirigeantes l’admettent : elles-mêmes n’avaient pas compris quand elles y ont mis les pieds pour la première fois.
Des chemins de traverse
L’innovation qui ne dit pas son nom

« On ne voulait pas que ce soit juste une initiative régionale, mais que ça infuse partout sur les territoires. »
Nekoé naît d’un pari : dans un territoire de sous-traitance industrielle, l’innovation ne peut pas se résumer au numérique et à la technologie. Paul Pietyra, son fondateur, entrevoit dès 2009 ce que peu voient encore : l’innovation servicielle, celle qui part des usages, des besoins réels des utilisateurs, pour concevoir des services à valeur ajoutée. Celle-ci peut devenir un levier massif pour les entreprises du tissu local.
Pour le concrétiser, l’équipe construit une approche pluridisciplinaire inédite : des designers sortis de l’École de Design d’Orléans reconvertis au service, des ergonomes de l’université réorientés vers l’entreprise, une méthode anglo-saxonne importée : le design de service. L’idée n’existe à peu près nulle part à cette époque en région.
Aujourd’hui, Nekoé c’est une équipe de quatre collaboratrices (Céline, Isabelle, Sonia (designer de service) et Hélène (pilotage et rayonnement)) appuyée par un réseau d’une dizaine de consultants indépendants répartis sur l’ensemble du territoire régional. Un choix assumé : « On ne voulait pas que ce soit juste une initiative régionale, mais que ça infuse partout sur les territoires. »

Sidamo : une histoire qui dure
Pour comprendre ce que fait Nekoé concrètement, Isabelle cite Sidamo, une entreprise de Blois (Loir-et-Cher, 41) qui conçoit et distribue des outillages pour le BTP. Quand ils arrivent chez Nekoé, ils ont un vrai problème : leurs produits sont bons, mais ils n’ont aucun contact direct avec les gens qui les utilisent. La distribution indirecte les éloigne du terrain.
Nekoé les accompagne à aller observer les usages, réellement, sur les chantiers. Identifier ce qui se passe, comprendre les problèmes, faire émerger des solutions qui tiennent compte des utilisateurs finaux autant que des distributeurs. Le travail porte : Sidamo crée un site de pièces détachées, monte un cercle d’utilisateurs pour co-concevoir ses nouveaux produits, et finit par réintégrer une partie de sa production en France.
« Aujourd’hui, c’est complètement ancré. C’est une entreprise qui va très bien, et qui d’elle même a pris ce virage, sans nous. Je trouve ça magique, parce que c’est exactement ce qu’on cherche à faire. On est là pour enclencher les choses, puis l’entreprise devient autonome. »

Vivre ce que l’on prêche
Il y a quelque chose de cohérent dans la trajectoire de Nekoé : l’association s’applique à elle même les principes qu’elle promeut. En 2018, en relisant ses propres statuts, Céline et Isabelle tombent sur une phrase oubliée : « Nekoé portera l’innovation de service et l’économie de fonctionnalité et de coopération. »
Deuxième partie de la phrase, jamais travaillée.
Elles décident d’y remédier. Isabelle se forme à Paris à l’économie de la fonctionnalité et de la coopération – EFC- un référentiel qui invite les entreprises à passer de la vente de produits en volume à la vente de valeur d’usage, à repenser leur modèle économique en profondeur. Un sujet qui résonne d’autant plus que leurs financeurs commencent à les interpeller : des acteurs privés du design de service émergent, la question de leur positionnement se pose.
« Accompagner une transformation de modèle économique, si soi-même on ne l’a pas expérimenté, ce n’est pas très crédible. On vit ce qu’on fait vivre à nos entreprises. » Cette crédibilité-là, elles y tiennent. Et c’est aussi, disent-elles, ce qui rend le travail joyeux.
Une coopération ancrée dans le territoire
Ce qui frappe dans la façon dont Céline et Isabelle parlent de leur travail, c’est l’enthousiasme intact après toutes ces années. Pas de cynisme, pas de fatigue des mots mais une conviction sincère que ce qu’elles font compte, et une énergie communicative pour le faire comprendre.

Cette passion se retrouve dans leur manière de coopérer. Pas en mode bisounours, précisent elles, mais dans une intention partagée : que les entreprises du territoire soient encore là demain avec des modèles économiques durables et robustes. DEV’UP Centre-Val de Loire fait partie de cet écosystème depuis les premières années. Le partenariat repose sur une logique simple et efficace : Nekoé n’attend pas des chargés de mission qu’ils maîtrisent l’économie de la fonctionnalité et de la coopération dans ses moindres détails. Elles leur donnent les clés pour identifier les entreprises qui pourraient en bénéficier, et faire la mise en relation. « Le reste, c’est notre quotidien. »
En avril 2026, Nekoé a animé une session de découverte avec les antennes territoriales de DEV’UP : cas concrets, outil prototype, jeu de cartes pour amorcer le dialogue avec les dirigeants sur ces sujets souvent jargonneux. Plusieurs chargés de mission y ont trouvé une nouvelle façon d’entrer en conversation avec des chefs d’entreprise. Une façon de différencier leur approche.
Et dans dix ans ?
La question des ambitions fait sourire Céline. « Construire quelque chose de plus robuste. Pas pour grossir, mais pour durer ». Elle rêve que les pionniers qu’elles accompagnent se trouvent, coopèrent, forment un écosystème visible et non une collection de timbres rares. Et un rêve plus fou encore : « Que dans dix ans, l’idée de vendre de la valeur plutôt que du volume ne soit plus une curiosité. Que l’économie de la fonctionnalité et de la coopération soit devenue banale. Qu’on n’ait plus besoin de l’expliquer. »
Isabelle valide à 100 %.
Cet horizon, elles ne l’auraient peut-être pas atteint sans quelques soutiens décisifs sur la route. Frédéric Ros, de la Technopole d’Orléans, en fait partie, une figure de l’ombre, disent elles, qui a cru en Nekoé quand ce n’était pas évident et a pris des risques pour les soutenir. « Il y a les gens qui disent que c’est bien ce que vous faites. Et il y a ceux qui ont vraiment poussé. Il n’y en a pas beaucoup. »

Nekoé accompagne les entreprises de toute taille et tout secteur en Centre-Val de Loire dans leur transformation vers des modèles plus durables et robustes.





